Annie Kunnath
Visiting Professor à la LSRS (2025-2026).
Le 25 septembre 2025, je suis arrivée au Centre Jean XXIII et au LSRS depuis l’Inde. À cette époque, le Luxembourg était à la fois en proie à l’euphorie et à la tristesse, car le Grand-Duc allait abdiquer dans moins de dix jours. Je pense que mon séjour ici s’est déroulé sous l’égide de la transition et du renoncement volontaire (une caractéristique déterminante de l’abdication), qui se manifestent à travers trois axes principaux.
Le premier est le domaine de l’engagement intellectuel et académique. Le professeur Ehret, directeur du CJ23 et de la LSRS, et son équipe ont su créer un environnement propice à mon travail et à mon séjour. J’ai pu participer activement aux différentes conférences et colloques qui y ont été organisés. J’ai également été invitée à assister, en tant qu’observatrice, aux travaux du « Laboratoire Théologie de la confiance », ce qui m’a permis de mieux comprendre les thèmes de recherche abordés, d’avoir un aperçu des dynamiques de groupe et d’apprendre à être un observateur emic et etic. En tant que membre du Cercle de dialogue judéo-chrétien, j’ai pu reprendre mes études d’hébreu, que je n’avais pas poursuivies depuis près d’une décennie. J’ai participé à des colloques organisés en dehors du Luxembourg, donné des présentations (au laboratoire 2 de la LSRS, à Pecs en Hongrie, en ligne pour mon université à Delhi en Inde). J’ai également rédigé un article universitaire “A Brief Discourse On The More” qui devrait être publié dans un ouvrage collectif en octobre 2026. Ma proposition de communication pour le Congrès international sur Paul Ricoeur et Hans-Georg Gadamer, qui se tiendra à Valladolid en mai, a été acceptée. Pendant mon séjour, j’ai poursuivi l’encadrement de mes doctorants en Inde et à la KU Leuven.
En collaboration avec des professeurs de l’université de Sardaigne et de l’Institut Catholique de Paris, je travaille actuellement à la publication d’un ouvrage d’entretiens avec le professeur Jean Greisch. En mars, j’ai signé un contrat avec Bloomington Academic pour traduire l’un des ouvrages du professeur Jean Greisch. Ces projets n’auraient pas pu voir le jour sans mon séjour à la LSRS qui abrite les Archives Jean Greisch.
Le deuxième axe est celui de la sympathie et de l’amitié. Au Luxembourg, je découvre un pays, une culture, des mœurs, et des traditions si différentes des miens. Comme dans toute relation, je considère mon séjour ici comme une occasion d’échanges mutuels : je peux partager mon propre héritage culturel, ainsi que les convictions et les valeurs de mon pays, avec les personnes que je rencontre, et en retour, découvrir les leurs.
Le troisième est d’ordre spirituel. Le cadre naturel dans lequel se trouve le CJ23 est propice à l’introspection et à un grand nettoyage de printemps de soi. Vivre au Centre Jean XXIII et travailler à la LSRS m’a en outre permis de prendre part à la prière active et à la messe quotidienne au Grand Séminaire, aux côtés de personnes venues de quatre continents différents. J’ai également pu découvrir une partie du riche patrimoine de l’Eglise catholique du Luxembourg. Les activités organisées par le CFD m’ont aidé à mieux comprendre le travail de l’Église locale. Mes échanges avec le personnel du restaurant Hellef um Terrain m’ont notamment révélé l’attention et le souci concrets que l’Église porte aux réfugiés, aux personnes socialement exclues et aux sans-abris.
Ce n’est que récemment que j’ai pris conscience que la fête principale de l’Église catholique le 25 septembre, jour de mon arrivée au Luxembourg, est celle de Cléophas, l’un des deux disciples qui ont rencontré Jésus ressuscité sur le chemin d’Emmaüs. Celui qui l’a reconnu au moment où il « rompait le pain ». A l’instar de Cléophas, je me rends compte que mon séjour au CJ23 est une itinérance continue (un mot de Greisch qui désigne à la fois l’itinéraire et l’errance) de reconnaissance.