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Colloque scientifique : Pas d’Humanité sans Parole
29 janvier 2016

La Parole dans la Parole : réflexion biblique

Pr Dr Thomas P. Osborne (LSRS)

La sacramentalité de la parole au regard de l’œuvre lucanienne

Pr Dr Thomas P. Osborne (LSRS)L’intuition sur la « sacramentalité de la parole » que le Pape Benoît XVI esquisse rapidement en Verbum Domini 56 se fonde sur une riche référence biblique et patristique. Il lie la sacramentalité de la parole aussi bien au mystère de la Révélation qu’à celui de l’Incarnation, tout en insistant sur la présence réelle du Christ sous sa dimension eucharistique dans la parole et le pain et le vin consacrés. Bien entendu, le Pape fait référence au prologue johannique à cet égard, texte sur le Verbe de Dieu fait chair, qui sert en quelque sorte d’objet de la Lectio divina qui fournit le fil rouge de son exhortation apostolique post-synodale.

Dans la mouvance de la seconde approche de notre colloque – la Parole dans la Parole –, il peut être utile d’approfondir la vision de l’œuvre de Luc (Évangile et Actes des Apôtres) sur la Parole de Dieu, sur sa proclamation, sa réception et son efficacité dans la construction de la communauté des disciples de Jésus.

Dès les premiers versets de l’Évangile, Luc nous met sur la piste de « ceux qui furent dès le début témoins oculaires et qui sont devenus serviteurs de la Parole » (Lc 1, 2). Jean Baptiste et Jésus sont présentés successivement comme « serviteurs de la Parole » dont les disciples sont des témoins oculaires et auditifs. À partir de Lc 8 et sa leit-parabole de la semence, les disciples sont pris en charge par Jésus pour leur proposer un parcours de formation active qui s’achèvera avec l’ouverture de leur intelligence pour comprendre les Écritures (Lc 24, 45). Déjà à partir du début des Actes et surtout suite à la venue de l’Esprit en Ac 2, les apôtres et d’autres disciples prendront résolument en main la proclamation et l’interprétation de la parole dont l’écoute, l’acquiescement et la conversion des croyants seront confirmés dans le baptême, par la venue de l’Esprit (à cinq reprises en tout), etc. C’est ainsi que « la Parole de Dieu/du Seigneur » « croissait » (Ac 6 ,7), « croissait et se multipliait » (12, 24), « gagnait toute la contrée » (13, 49), « croissait et gagnait en puissance » (Ac 19, 20), en développement parallèle avec des mentions de la croissance de la communauté des croyants (2, 41.47 ; 4, 4 ; 6, 1 ; 9, 31 ; 11, 21 ; 16, 5).

Cette lecture transversale de l’œuvre de Luc nous invite à approfondir certaines questions :

  • la compréhension de la parole de Dieu comme la parole du Seigneur et comme Écritures du Judaïsme, sous leurs deux formes canoniques,
  • la réalité de la réception ou du rejet de la parole proclamée,
  • la proclamation-même de la parole.

En conclusion, il faudrait approfondir la question de la sacramentalité de la parole dans la perspective de l’annonce de la parole aux femmes et aux hommes concrets comme Ur-Sakrament, base de toute réalité sacramentaire.

 
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