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Un juif, le Sauveur chrétien – Jésus de Nazareth, Christ et Seigneur
Appel à communications pour le colloque international du 14 au 16 juillet 2020 à la LSRS
Les propositions de communication (300 mots, en anglais ou en français) accompagnées d’une notice bio-bibliographique (100-150 mots) sont à envoyer d’ici le 15 avril 2020 à liz.lambert lsrs.lu.
Les auteurs des propositions retenues recevront une notification d’acceptation avant le 30 avril.
Argumentaire
Le colloque international fait suite au colloque organisé à Vienne en janvier 2019 dont les actes seront publiés prochainement sous le titre Christologie zwischen Christentum und Judentum : Jesus, der Jude aus Galiläa und der christliche Erlöser chez Mohr & Siebeck. Ce colloque a placé au centre de la théologie chrétienne le fait historique, théologique et culturel que Jésus est bien juif. Les contributions permettent de faire un tour d’horizon sans offrir cependant une vision unifiée de ce sujet.
Le colloque de Luxembourg se propose de poursuivre cette ligne de pensée en posant deux questions qui façonnent la réflexion sur la judéité de Jésus :
- premièrement, quelles sont les intentions qui guident notre démarche réflexive, théologique, voire ecclésiastique, et
- deuxièmement, comment les formes du théologiser doivent évoluer pour que l’on arrive à intégrer d’une façon significative, capable de transformer le cas échéant des pratiques intellectuelles, sociales, voire juridiques et politiques, un fait que l’on n’ignore certes pas.
Ces deux questions sont intimement liées comme il en ressort lorsqu’on les développe l’une après l’autre.
La question de savoir quelles sont les intentions des théologiens est d’importance : « Que cherchez-vous (à connaître, à faire, à obtenir) ? », peut-on leur demander. Désirez-vous développer votre relation personnelle et institutionnelle avec le Christ qui est l’homme Jésus de Nazareth ? Désirez-vous alors donner plus d’importance au fait historique – pour explorer l’écart qui se crée entre cet homme et notre époque ? Désirez-vous revoir les relations des chrétiens avec les croyants et avec la communauté juive, sachant que les Écritures contiennent des propos choquants pour nos oreilles et, partant, construire une autre relation avec des textes datant d’une autre époque ? Ou bien cherchez-vous à relire votre tradition en tenant compte des perversions qu’elle a connues et que vous n’aimeriez pas voir se répéter ? Cherchez-vous à remettre sur le métier vos pratiques des textes fondateurs ? Seriez-vous insatisfaits de l’état actuel des théologies, plus enclin à conjurer l’héritage juif qu’à en faire une partie intégrale du théologiser ? Quelles sont aussi vos réticences, vos objections à avancer dans ce domaine ? Il existe en effet de nombreuses déclarations sur ce sujet, mais on voit bien qu’elles ne suffisent pas pour que les nouveaux rapports affichés transforment les pratiques théologiques et leurs contenus. Il y a des héritages qui ont davantage marqué les pratiques théologiques actuelles, et encore bien plus la liturgie, que les rapports (critiques) aux sources bibliques de la foi.
Cette problématique conduit automatiquement à un deuxième volet, celui des formes du théologiser. Je comprends par forme tout ce qui contribue dans notre psyché à organiser les informations qui nous parviennent par les sens, tant ce qui en est retenu que ce qui les met en rapport. Contribue à la forme du penser aussi bien la langue que la perspective adoptée, l’étendue des connaissances, etc. Nous héritons des formes du penser spécifiques – que ce soit par exemple de la scolastique, des Lumières ou des sciences naturelles. Nous pouvons en prendre conscience et nous pouvons aussi essayer de les transformer.
Si le fond et la forme constituent une unité, il est impossible de faire rentrer une donnée nouvelle sans changer la forme. Faire rentrer une nouvelle donnée peut se faire par l’ajout d’un élément étranger ou bien par la revalorisation d’un aspect ignoré ou caché jusque-là. Affirmer, revaloriser le fait que Jésus est juif – ce qui ne pose pas de doute mais a pu être négligé par une sotériologie dite « d’en haut » ou bien très fortement liée à une construction philosophique quelconque – ne peut pas laisser indifférente la forme dont nous pratiquons la théologie ou selon laquelle nous théologisons.
Si le verbe « théologiser » est depuis quelques temps constamment préféré au substantif « théologie », c’est pour indiquer que théologiser est une activité humaine dont ceux qui la pratiquent sont aussi responsables. Il en résulte qu’ils peuvent développer une multitude de formes du théologiser ; les Écritures – expression qui marque le pluriel – en rendent bien compte. Toute action humaine s’inscrit dans un contexte global ; elle n’est pas un simple produit de la raison mais engage l’intégralité de l’être humain.
Théologiser est un acte humain, un acte qui s’inscrit dans des rapports concrets, historiques, affectifs, politiques, sociaux, etc. Peut-on travailler encore dans les cadres et avec les formes que s’est donnée à une certaine époque la théologie systématique ? Ceux-ci sont-ils adaptés à une démarche, à un théologiser qui naît d’un contexte différent et qui désire inclure des données historiques ? Quelle place occupent par exemple, dans le cadre de la théologie systématique, les études historiques et exégétiques qui abordent l’opposition entre Jésus et les Juifs ou entre les chrétiens et les Juifs dans le Nouveau Testament à partir de leur contexte d’origine ? Quelles formes du théologiser faudrait-il donc développer afin d’intégrer et développer le fait que Jésus est un Juif (voir p. ex. Boyarin, 2012) ? Que signifie pour d’autres contenus, notamment en sotériologie, le fait d’inclure une révision des rapports entre chrétiens et Juifs, différente du rapport exprimé dans certains textes néotestamentaires ? Jusqu’où cela est-il possible, et comment pourrait-on le faire ? La déconstruction est facile. La voie vers une nouvelle synthèse, vers un travail cohérent, est en revanche plus difficile. Nous aimerions entre autres explorer une piste. Nous aimerions, entre autres, explorer une piste : celle des arts, et notamment de la littérature. Les théologiens peuvent-ils apprendre quelque chose des littéraires, voire des artistes en général ? Comment faut-il que la langue, que les imaginaires se transforment, se conjuguent ? En quoi consisterait aussi la finalité de ce théologiser ? Ce qui ramène la question à celle des intentions.
À ces deux questions s’en ajoutent deux autres que nous ne mettrons pas au centre de notre colloque mais que nous signalons parce qu’elles sont liées aux précédentes : d’abord celle qui concerne la portée du théologiser dans le champ ecclésiastique, social et politique, puis celle qui concerne la portée du dialogue dans le regard que les Juifs portent sur eux-mêmes quand ils s’occupent si intensément d’un des leurs dont l’héritage a pris une envergure mondiale.
En fait, la première question est celle de situer le théologiser dans un projet de communauté et de société : que peut un discours, quelles sont ses limites, quels autres moyens doivent être mis en œuvre pour que l’objectif que l’on se propose soit atteint ? Aux documents du magistère préconisant par exemple qu’il y ait une introduction au judaïsme à l’intérieur de la ratio studiorum des futurs ecclésiastiques se joignent ici de nombreuses initiatives locales comme des aspects juridiques et bien d’autres démarches. L’autre question peut paraître plus délicate car elle pourrait sembler présenter une emprise de la théologie chrétienne sur les Juifs. Elle reste cependant importante, pour autant qu’un dialogue engage chacun des partenaires à se penser autrement. De quelle façon le dialogue avec les chrétiens affecte-t-il donc le théologiser juif ? Comment se penser quand on redécouvre alors l’autre partie de la famille dont on a subi tant d’injustices comme étant toujours de la famille ?
Dans leurs contributions, les intervenants ne devront donc pas seulement penser à intégrer l’apport historique – le fait que Jésus est juif, mais aussi mettre en évidence les défis intellectuels et culturels, et concrètement les recherches sur les formes, voire les apories qui en résultent pour un théologiser actuel. Ils devront constamment articuler et la pensée et ses conditions de possibilité.
Contributions de 30 min, suivies d’une discussion.
Organisation
- Pr Jean Ehret, Luxembourg School of Religion & Society
- Pr Walter Homolka, School of Jewish Theology, Potsdam ; Abraham Geiger Kolleg, Berlin
Partenaires institutionnels
- Luxembourg School of Religion & Society
- School of Jewish Theology, Potsdam
Date et lieu
Colloque international du 14 au 16 juillet 2020
Luxembourg School of Religion & Society
Centre Jean XXIII
52, rue Jules Wilhelm
L-2728 Luxembourg
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