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8 décembre 2015

Le Concile Vatican II – Ce qu’il représente pour moi

Pr Dr Daniel Laliberté

Je suis né en 1963, en plein Concile. Je n’ai bien évidemment aucun souvenir de l’événement lui-même. Je peux cependant affirmer que ma vocation de théologien et d’agent de pastorale est une conséquence directe de ce moment marquant de l’histoire du 20e siècle. Pour parler de l’importance de Vatican II dans ma vie, dans ma manière d’être chrétien et de penser la foi chrétienne, je ferai référence à quelques extraits de documents conciliaires.

Commençons par le tout premier document issu du Concile, fin 1963 : la Constitution sur la liturgie – Sacrosanctum concilium. Fruit de réflexions et d’expérimentations au fil des décennies qui ont précédé le Concile, ce texte a donné droit de cité à un concept liturgique majeur, celui de la « participation active », cette conviction que l’assemblée est un acteur direct de l’action liturgique et non seulement un groupe réuni pour observer des gestes qui se déroulent devant elle. Ma propre expérience liturgique a été nourrie de cette conviction : choix de chants destinés à la plus large participation possible, partage de la Parole, prière universelle spontanée par les fidèles, aménagements liturgique variés permettant l’implication du plus grand nombre, etc. Pour moi, toute liturgie, et plus particulièrement l’eucharistie, sans exclure le recueillement individuel, doit être essentiellement conçue et aménagée comme un moment de célébration communautaire, traversée par une vive impression de fraternité et construite de façon à favoriser explicitement cette participation active, vocale, gestuelle autant qu’intérieure.

Sacrosanctum concilium porte aussi une invitation à restaurer le catéchuménat, afin qu’il devienne le modèle de toute initiation chrétienne. Ces quelques termes peuvent sembler un peu techniques. Pour moi, ils sont l’affirmation d’une prise de conscience faite par l’Église universelle, que le « régime des sacrements » qui s’appuyait sur des siècles de société chrétienne, avait besoin d’être repensé de fond en comble. Quand j’ai découvert ces passages, dans les années ’90, cela fut pour moi l’occasion d’amorcer une réflexion profonde, qui aboutit à la décision de m’engager dans des études de doctorat, précisément sur ce thème : comment repenser les processus d’apprentissage de la foi chrétienne, de même que le baptême, la confirmation et la communion, afin que ces rites ne soient pas que de belles célébrations liées à la tradition, mais les temps forts d’un cheminement de foi, où l’important n’est pas tant les moments rituels eux-mêmes, mais la découverte et l’approfondissement d’une relation d’amour avec ce Dieu que nous a révélé Jésus Christ. Depuis que mes études sont terminées, ma responsabilité en Église consiste à susciter la réflexion et à former les diverses personnes concernées pour que nos pratiques se dirigent progressivement dans cette direction. C’est ce que je faisais à Québec, c’est ce pour quoi on m’a invité au Luxembourg. Difficile alors de dire que Vatican II n’a pas changé ma vie !

Je pourrais citer encore plusieurs passages des documents de Vatican II qui sont encore aujourd’hui source d’inspiration pour moi. Lumen gentium, Constitution sur l’Église, a ouvert des chemins importants de reconfiguration du fonctionnement de l’Église, « Peuple de Dieu » et « Corps du Christ », où chaque membre doit trouver sa place pour rendre la communauté vivante et où les différentes fonctions doivent être comprises comme des services. Cela est à l’origine de ma décision de devenir théologien et agent de pastorale en tant que laïc. Dei Verbum, Constitution sur la Parole de Dieu, a ouvert la porte des catholiques à la fréquentation des trésors bibliques. Je rêve encore du jour où mes frères et sœurs accepteront d’entrer résolument dans cette porte ouverte !

Les joies et les espoirs de ce temps

Enfin, deux extraits du plus beau document issu de Vatican II : Gaudium et spes, Constitution pastorale sur « l’Église dans le monde de ce temps ». Tout d’abord, les toutes premières lignes : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. » Pour la première fois, l’Église s’adresse aussi directement à tous les humains. Ce qu’elle veut leur dire, c’est qu’elle est elle-même formée d’êtres humains, qu’elle n’a pas d’autre raison d’être que de se sentir préoccupée par le sort de tous et qu’elle se sent concernée de façon toute particulière par la situation de ceux et celles dont la dignité est explicitement bafouée. Le pape François en a fait le cœur de son pontificat : proclamer ce respect dû à chaque frère, chaque sœur, et interpeller les chrétiens afin qu’ils s’engagent, au nom de leur foi, au service de cette promotion de l’humain. Comme franciscain séculier, c’est aussi ma conviction que les disciples du Christ, s’ils ne s’engagent pas sur cette voie, même s’ils accomplissent les plus belles célébrations qui soient, ne répondent pas à la mission que le Christ leur a confiée de « chercher le Royaume de Dieu et sa justice ».

Je conclus avec ma citation préférée de tout Vatican II, toujours tirée de Gaudium et spes : « Quiconque suit le Christ, homme parfait, devient lui-même plus homme. » Expression forte de ma conviction la plus profonde : la mission première de l’Église n’est pas de remplir des églises de chrétiens. Ce qu’elle a de plus beau à offrir au monde d’aujourd’hui, c’est d’aider chacun, chacune, à trouver son identité la plus profonde, sa raison d’exister, le sens de sa vie, bref à devenir « plus humain ». Nous, disciples du Christ, croyons qu’il nous en a indiqué le chemin par sa vie tout entière fondée sur l’amour. Pour moi, c’est en cela qu’il fut cet « homme parfait » qui m’invite à une communion intime avec lui.

Je n’ai aucune nostalgie de l’Église préconciliaire. Je sais par contre que Vatican II a permis à l’Église de se repositionner au cœur de la société humaine, et c’est par cette nouvelle manière d’être que je me suis senti un jour appelé à devenir à mon tour un passeur d’Évangile, avec mes forces et mes limites. Si j’ai un rêve pour cette Église, c’est qu’elle achève de recevoir et de mettre en œuvre l’esprit et les grandes intuitions de ce Concile, afin de devenir toujours davantage ce qu’elle doit être : le signe de la présence du Christ au cœur du monde.

[Article publié dans le Luxemburger Wort du 8 décembre 2015, p. 10]

Pr Dr Daniel LALIBERTÉ daniel.laliberte lsrs.lu

Directeur du département « Religion, communication, éducation »

 
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