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10 mars 2016

L’Église catholique (enfin) réformée ou protestante ?

Pr Dr Dr Jean Ehret

« Remplis de Dieu et ne reniant rien de ce qui est humain »

L’Église protestante d’expression allemande, l’Église protestante réformée et l’Église catholique commémorent ensemble le 500e anniversaire de la Réforme, fixé au jour où Martin Luther publia ses 95 thèses, le 31 octobre 1517. À cette occasion, les trois Églises ont présenté – avec plusieurs partenaires – un programme spirituel, intellectuel et culturel. Elles désirent s’exposer de nouveau à la force de l’Évangile pour donner un témoignage uni de leur foi en Jésus Christ.

En effet, entre un protestant, un catholique, un réformé… qui sait encore expliquer les différences ? Dans un monde fortement sécularisé et pluraliste, ces différences deviennent pour beaucoup de gens de plus en plus insignifiantes. Ce qui peut les intéresser, ce qui fait une différence, c’est de savoir si quelqu’un croit en Dieu ou non – voire en quel Dieu.

Les chrétiens croient qu’ils ont reçu une mission : ils sont envoyés annoncer l’Évangile à toutes les nations. Face à la souffrance, au désespoir, à la guerre, face au mal sous toutes ses formes – dans le monde et dans nos Églises, les chrétiens sont appelés à annoncer ensemble, en paroles et en actes, que Dieu n’a pas abandonné le monde, mais qu’il l’aime à tel point qu’il lui a donné son Fils pour que tous aient la vie et qu’ils l’aient en abondance ! (Cf. Jn 3,16s. ; 10,10.)

Mais comment en effet annoncer l’Évangile si l’on n’est pas imprégné soi-même par cette parole vivante ? Dans notre culture, l’authenticité du témoignage joue beaucoup. Les disputes théologiques intéressent moins que l’accueil des communautés, la chaleur et la vérité des rencontres. C’est le défi que les Églises doivent relever. Si elles ne se définissent plus par opposition l’une à l’autre, mais cherchent vraiment à vivre de la Parole de Dieu, chacune se transformera… et des perspectives, des chemins inattendus s’ouvriront pour réaliser davantage l’unité des chrétiens dans la différence.

Chacune des Églises a développé une riche tradition spirituelle et culturelle, une vie de foi profonde, un engagement déterminé en faveur de la justice et de la paix. Chacune connaît ses faiblesses et ses péchés. Souvent les membres d’une communauté ignorent cependant ce qui se vit dans les autres Églises. On part d’idées reçues, quelquefois de préjugés ou d’une vue idéale. On se satisfait de ce que l’on a dans sa communauté ou de ce qui entre dans la façon dont on a arrangé sa vie dans le monde. Le programme que les trois Églises ont élaboré pour commémorer le 500e anniversaire de la Réforme est une invitation à découvrir, mieux connaître, apprécier, comprendre la vie, l’héritage et les initiatives des communautés autres que celle à laquelle on appartient. Cela demande évidemment une ouverture d’esprit, une conversion du cœur pour chercher moins ce qui sépare que ce qui unit, une attitude intellectuelle qui accorde une importance certaine aux réalités vécues.

Les Églises n’existent pas pour elles-mêmes. On avait demandé à Albert Camus ce qu’il attendait des chrétiens. Dans la conférence qu’il donna en réponse, il dit : « À force de papier, de bureaux et de fonctionnaires, à force de mettre entre les hommes des escaliers et des formules qu’il faut remplir, à force d’interdire toute communication humaine, on arrive à créer un monde abstrait, où les gens ne jugent plus sur ce que sont les hommes, mais ce qu’ils sont en fonction de la doctrine qui préside à l’organisation de cette bureaucratie » (Conférence au couvent Latour-Maubourg, 1.12.1946). Ces paroles d’un athée rappellent fortement celles du Nazaréen qui vitupérait les fonctionnaires de sa religion et dont les paroles, les actes, la vie, la passion et la mort sont la Parole de Dieu. Et Camus attendait non que les chrétiens sourient, ou qu’ils perdent leur identité, mais qu’ils aient « clairement leur propre langage » capable de contribuer à ce que « le métier d’homme puisse être élevé au-dessus du métier d’assassin » !

Pour en revenir donc au titre un peu provocateur de ces quelques réflexions, il ne s’agit pas de convertir une Église à une autre. Notre vocation est autre. Chrétiens de toutes confessions, proches du Père par son Fils, nous sommes envoyés dans le monde d’aujourd’hui : réformés par la jeunesse de l’évangile, protestants contre toute injustice en l’appelant par son nom, catholiques car remplis de Dieu et ne reniant rien de ce qui est humain.

[Article publié dans le Luxemburger Wort du 10 mars 2016, p. 13.]

Pr Dr Dr Jean EHRET director lsrs.lu

Directeur de la Luxembourg School of Religion & Society

 
LUXEMBOURG SCHOOL OF RELIGION & SOCIETY
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L-2728 Luxembourg

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