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4 juin 2016

Défendre avec une ardeur jalouse

Pr Dr Daniel Laliberté

L’apôtre Paul, cet homme entier, totalement dédié aux causes qu’il embrasse, m’a toujours fasciné. Cette conviction absolue qui l’anime est le fruit de la rencontre entre ce tempérament fougueux inné et un événement déterminant qui l’a entraîné à réorienter radicalement sa vie. L’extrait de ce dimanche de la lettre aux Galates (Gal 1,11-19) met en scène ce Paul qui, quelques années plus tard, témoigne de ce qui a bouleversé sa vie. Il n’élabore pas sur la « conversation » qu’il aurait pu avoir avec le Christ ressuscité qui s’est, mystérieusement, manifesté à lui. Ce dont il rend compte dans sa lettre, c’est qu’à partir de ce jour, il cessa d’être un juif persécuteur de chrétiens pour devenir le plus ardent des apôtres du Christ.

Paul met en évidence ce qu’il était avant ces événements : « Vous avez entendu parler du comportement que j’avais autrefois dans le judaïsme : je menais une persécution effrénée contre l’Église de Dieu, et je cherchais à la détruire. J’allais plus loin dans le judaïsme que la plupart de mes frères de race qui avaient mon âge, et, plus que les autres, je défendais avec une ardeur jalouse les traditions de mes pères. » Au nom de ces traditions donc, Paul cherchait à détruire ce groupe nouveau qu’il considérait comme une menace importante, précisément parce que son inspirateur, Jésus, avait osé remettre en question cet attachement aveugle aux traditions qui finit par occulter le plus important. Citons en exemple, parmi tant d’autres : « Le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat ! » Oui mais, si on commence à remettre en question les traditions, quels repères nous restera-t-il ?

Le fougueux Paul faisait donc tout ce qui était en son pouvoir pour éliminer ces fauteurs de trouble qui risquaient de faire s’effondrer tout le système religieux juif ! C’est pourtant cet homme qui, un jour, fut totalement chaviré par une rencontre indescriptible dont il sortit « un autre homme ». En fait, pas vraiment un autre homme. Car les qualités qui le définissaient n’ont pas été transformées : il est demeuré tout aussi ardent et dédié à ce qu’il croyait juste. Seulement, il avait trouvé un autre Évangile, précisément du côté de ceux qu’il pourchassait.

Du coup, son renversement de comportement est impressionnant. Cependant, en ce qui concerne sa foi, le changement n’est en fait pas si grand qu’il n’y paraît. Juif, Paul était habité par la foi en l’Alliance avec le Dieu d’Abraham et de Moïse. Il portait en lui toutes les espérances de son peuple : un Messie sauveur, un monde nouveau, etc. Sa « conversion », aussi spectaculaire puisse-t-elle paraître, est en fait la prise de conscience que la résurrection du Christ constitue précisément l’accomplissement de cette Alliance et de ses promesses. Paul dira ailleurs qu’il a été « saisi par le Christ » et que désormais c’est cela qui le fait avancer, courir même, pour parvenir à « éprouver la puissance de sa résurrection ». Lui qui n’est jamais vraiment arrivé au bout de son chemin de Damas, il invite les « adultes dans la foi » à « courir avec lui ». Dans ce contexte, toutes les traditions sont relativisées. Bien sûr, elles ne perdent pas en un instant toute raison d’être, mais elles doivent désormais être mesurées à l’aune de quelque chose de plus fondamental : chaque tradition trouve son sens dans sa capacité à nourrir la relation intime avec Jésus Christ.

Notre Église actuelle, dans cet Occident sécularisé, est à un tournant : l’héritage des traditions est là, avec ce qu’il porte d’histoire et même d’identité. Pourtant, ne sommes-nous pas dans une situation qui ressemble à celle de Paul ? N’est-il pas nécessaire de nous demander si ces belles « traditions de nos pères » existent surtout par souci de préserver le passé, ou si nous savons nous en saisir à notre tour pour en faire de magnifiques occasions pour avancer sur le chemin, parfois renversant, de la communion intime avec Jésus Christ ?

[Article publié dans le Luxemburger Wort du 4 juin 2016]

Pr Dr Daniel LALIBERTÉ daniel.laliberte lsrs.lu

Directeur du département « Religion, communication, éducation »

 
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