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Revêtir l’invisible : la religion habillée
27 janvier 2020

Modestie/ostentation/luxe

3e séance du séminaire « Revêtir l’invisible : la religion habillée »

La troisième séance du séminaire « Revêtir l’invisible : la religion habillée » a eu lieu au Collège des Bernardins le 16 janvier 2020 sous le titre « Modestie/ostentation/luxe ».

Olivier Assouly, professeur de philosophie à l’Université Paris Sorbonne et à l’Institut Français de la Mode, Paris

Le Professeur Olivier Assouly, grand spécialiste de la philosophie du goût – deux nouveaux livres de lui viennent de paraître récemment – et fin connaisseur de la question du luxe appréhendé du point de vue philosophique, a livré une réflexion magistrale autour de l’articulation entre modestie et ostentation. Intitulée « Un besoin improprement vestimentaire ? », la conférence d’Olivier Assouly, membre aussi du comité scientifique du séminaire, a pris prétexte de deux œuvres de Hannah Arendt, La Crise de la culture et La Condition de l’homme moderne, afin de mener une réflexion très pointue et qui a suscité un riche débat.

En effet, toute l’argumentation, fondée sur les deux passages de la philosophe Arendt, consistait à comprendre le sens du besoin, essentiel dans la société capitaliste, et son dépassement, concept évidemment encore plus prégnant. Si le seuil des besoins était déjà posé, en tant que question, dans la philosophie antique, en glosant Hannah Arendt, on a pu affirmer que « la solution consiste à traiter tous les outils d’usage comme des objets de consommation comme on utilise une table comme une robe, et une robe comme de la nourriture ». En effet, c’est la destination qui change radicalement avec l’avènement du système capitaliste et, si l’objet « robe » avait sa destination de protection ainsi que de parure dans un système classique, dans celui du capital, elle se voit transformée en objet marchand. La consommation ne change pas les objets, elle infléchit le rapport de l’homme avec les objets. On use des objets pour les consommer, pour les détruire. Tant que la mode ne dépasse pas l’usage, elle est dans une posture qui lui interdit tout accès à la morale.

Un autre point a fait l’objet d’un développement ultérieur, à savoir celui de la consommation des objets culturels – dont la robe et donc le vêtement pourrait faire partie –, consommés sans être usés. En effet, si les sociétés traditionnelles pouvaient user et ‘abuser’ des objets culturels, c’est seulement le système capitaliste qui en fait un objet « jetable ». Voilà donc que la mode consomme plus que n’use de l’objet vestimentaire.

C’est là toute la problématique entre une mode modeste qui n’aurait donc plus aucune légitimité à proprement parler dans le système de la mode, car le vêtement quant à lui n’a d’autre raison d’être que celle d’une consommation et, qui plus est, rapide. Dans une réflexion approfondie, mais extrêmement claire, Olivier Assouly a donc pu mettre au jour les conditions de possibilité d’une mode qui ne serait plus assujettie aux dictats marchands et consuméristes – que Barthes qualifiait déjà de tautologiques, apaisants, et dès lors d’autant plus envoûtants pour les consciences –, mais qui renouerait avec un usage retrouvé.

 
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