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Twenty-first century religion – European and global perspectives
17 juin 2019

« Believing without belonging »

La religion dans les sociétés européennes et dans le monde et la religion vécue par nos contemporains

Fruit de la collaboration de la LSRS, de l’Église Anglicane et des Cultes Conventionnés, deux journées ont été organisées au Luxembourg avec une des éminentes sociologues des religions, la professeure Grace Davie.

« Believing without belonging » restera la phrase forte avec laquelle Grace Davie a marqué la réflexion sociologique sur les religions dans les années 80. Ses nombreuses recherches et publications ont contribué à mieux comprendre les dynamiques en œuvre dans la société moderne européenne qui suit un mouvement quasi général de sécularisation.

La religion dans les sociétés européennes et dans le monde, d’une part, et la religion vécue par nos contemporains, d’autre part, ont été les deux axes qui ont guidés ses quatre présentations au Luxembourg les 13 et 14 mai. Ses contributions prirent des formes diverses pour toucher un public varié : une séance de séminaire doctoral à l’Université du Luxembourg pour les doctorants en sciences sociales, un atelier de réflexion pour les professionnels travaillant pour les différents cultes, une conférence publique à la maison de l’Europe et un repas-conférence pour des décideurs issus du monde politique et économique.

Pr Dr Jean Ehret, Mme Yuriko Backes, Pr Grace Davie, S.E. Dr Heinrich Kreft, Rev. Geoff Read
Cliquer sur la photo pour regarder la galerie… ©LSRS

Lors de ces quatre interventions, on peut déceler une trame de fond qui résume la réflexion actuelle de Grace Davie sur les processus de sécularisation en Europe et sur la place de l’Europe dans le monde global. Nous reproduisons ici les grandes lignes de son analyse.

Twenty-first century religion : European and global perspectives

L’Europe est marquée par l’histoire chrétienne. Le christianisme une réalité multiséculaire qui s’est inscrite dans ses paysages à travers les églises qui se trouvent dans chaque village et qui a façonné la culture européenne. La preuve en est l’organisation de notre temps social : les dimanches, les jours fériés et les congés scolaires… sont basés sur le calendrier liturgique chrétien. Le système des paroisses, qui se calque sur le cadrage du territoire romain, a également longtemps servi les intérêts civils (registres, frontières).

Le siècle des lumières a profondément changé la réalité des religions en Europe. On est passé progressivement d’un modèle de religion héritée à un modèle de religion choisie. Aujourd’hui on peut parler d’un véritable marché des religions où les différents cultes cohabitent et, par analogie à l’analyse économique, se concurrencent pour trouver des fidèles. Cela est d’autant plus vrai que la diversité religieuse est aussi souvent la conséquence de la diversité culturelle. Ainsi, par exemple, en tant que métropole multiethnique et multi-religieuse, Londres présente une offre très grande et variée de cultes et communautés religieuses.

Mais, comme avec tout marché, on observe qu’il y a des gagnants et des perdants. En ce moment, c’est surtout le christianisme évangélique et peut-être les « cathédrales » (en Angleterre) qui sont les gagnants. Les cathédrales rencontrent l’assentiment de nombreux fidèles car elles sont des lieux dégageant une certaine spiritualité tout en proposant une participation assez anonyme à l’espace sacré. Chez les cultes catholique, protestant et anglican, on observe surtout un fort phénomène de sécularisation.

La sécularisation est assez générale en Europe de l’Ouest. Dans la plupart des pays de l’Union Européenne, le groupe des personnes qui ne se définissent pas comme « appartenant à un culte spécifique » est majoritaire. Mais cette catégorisation est parfois trompeuse car elle ne dit rien sur le sentiment religieux ou spirituel des personnes. Dans ce groupe de personnes « sécularisées », on trouvera autant de personnes qui se sentent religieuses sans appartenir spécifiquement à une communauté que des personnes qui se sentent très proches d’une position athée.

En Europe, nous avons tendance de voir la sécularisation comme un phénomène universel lié à la modernité. Grace Davie pose la question dans les termes suivants : « Est-ce que l’Europe est sécularisée parce qu’elle est moderne ou parce que l’Europe est simplement européenne ? »

Quand on prend les données empiriques issues des grandes enquêtes sociologiques sur le sentiment religieux en Europe, on se rend compte que la sécularisation a connu un pic vers les années 70. Ceci est dû à deux phénomènes bien distincts. D’une part, certains grands pays qui avaient connu une période de sécularisation forcée (Russie, Chine) ont changé de régime ou de politique. Ceci a conduit de nombreuses personnes à renouer avec la religion. D’autre part, on observe (partout dans le monde) que les personnes religieuses ont une descendance plus nombreuse que les personnes non-religieuses. Ceci modifie mécaniquement les rapports démographiques. Le phénomène religieux est donc plutôt en extension en ce moment, sans qu’on puisse dire de quoi sera fait l’avenir.

Dans notre société européenne, ces constats ont une conséquence importante : il serait irresponsable de croire que les religions font partie des réalités du passé et nous avons le devoir de nous y intéresser pour comprendre les enjeux de ce monde globalisé. Nous devons, y compris dans nos écoles, transmettre les clés de la connaissance sur les phénomènes religieux. On ne suggère point d’initier les élèves à une foi spécifique mais de promouvoir une éducation sur les religions. Dans une Europe de plus en plus diversifiée au niveau culturel, il est important de pouvoir comprendre l’autre, y compris dans sa diversité religieuse, afin de favoriser la tolérance et le vivre ensemble.

Paul ESTGEN paul.estgen lsrs.lu

Collaborateur scientifique à la LSRS

 
LUXEMBOURG SCHOOL OF RELIGION & SOCIETY
LSRS – Centre Jean XXIII
52 rue Jules Wilhelm
L-2728 Luxembourg

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